Les banques sont-elles l’avenir des fintechs ?

Aujourd’hui, banques traditionnelles et fintechs sont amenées à travailler en partenariat ou en tout cas l’une à coté de l’autre. Elles ne sont désormais plus des concurrentes, mais la course à la taille pourrait changer la donne.

Les grandes manœuvres dans le secteur des fintechs au sein des banques, n’a cessé de s’accélérer ces dernières années. En France, on a vu Compte Nickel être racheté par BNP Paribas ou encore Kisskissbankbank passer dans le giron de La Banque Postale. En Belgique, c’est Isabel Group qui remporte la mise en réunissant de plus en plus de services bancaires et se fournissant notamment auprès de fintechs comme l’opération récente d’acquisition d’Ibanity. Cette fintech, spécialisée dans la sécurisation des données bancaires dans le cadre de la directive PSD 2, permet au groupe Isabel de se renforcer dans le domaine de l’open banking.

Les fintechs vont-elles être absorbées par le système bancaire ?

Cette question taraude bon nombre d’observateurs du marché bancaire. En effet, les fintechs se sont développées sur des niches, chacunes répondant à une demande ou un besoin particulier des individus ou des entreprises. Les robo advisers pour répondre aux besoins en matière d’épargne, les plateformes de crowdfunding aux besoins des entreprises et des particuliers, les services bancaires spécialisés ou encore les agrégateurs pour d’autres besoins et d’autres types de clients.

Chacune représente une brique spécifique dans le paysage bancaire, ce qui explique l’intérêt des établissements financiers à faire leurs marchés. Mais l’un des problèmes principaux est de pouvoir acquérir une fintech et l’intégrer dans un modèle traditionnel à l’opposé de ceux proposés par les fintechs. L’exemple le plus marquant est celui d’une fintech proposant un robo adviser pour la gestion de patrimoine. Dans ce cas-là, c’est bien le besoin du client qui domine les choix finaux de produits bancaires ou assurantiels. Dans le modèle bancaire traditionnel, c’est l’offre de produits qui dominera, sans répondre de manière stricte au besoin du client.

Dans ce cas de figure, on comprend mieux alors les problèmes d’intégration dans le système classique qui peuvent se poser lors de l’acquisition par une banque d’une fintech. Evidemment, il ne faut pas généraliser, car dans le cas de l’open banking, les banques traditionnelles ont tout intérêt à acquérir les avances technologiques apportées par les fintechs spécialisées, leur faisant gagner du temps dans la mise en conformité des nouvelles règles de marché. Il s’agit donc plutôt de fintech B2B plutôt que B2C, car c’est bien le modèle qui doit évoluer.

Intégrer ou non les technologies, telle est la question ?

Les banques traditionnelles font donc face à une concurrence accrue des nouvelles technologies. Elles sont donc nombreuses à devoir réfléchir à de nouvelles orientations stratégiques. Et le choix doit être judicieux.

Chez BNP Paribas, par exemple, le groupe a décidé de lancer en interne une fintech, Hello Bank ! Cette dernière a été développée autour d’un modèle de fintech, autour du besoin du client, comme les financières technologiques. L’offre a donc été conçue sur tout internet, à partir d’une application dédiée, mais faisant aussi appel à des fintechs spécialisées pour offrir toute une palette de services. Ainsi, Hello Bank ! travaille avec Ulule pour proposer une plateforme de crowdlending à destination de ses clients particuliers. Aujourd’hui, Hello Bank ! se revendique comme une banque 100% digitale, présente en Allemagne, France, Belgique, Autriche et Italie et compte 2,4 millions de clients sur l’ensemble de ses pays. Mais a part son offre digitale, est-elle vraiment une fintech ? La question se pose, car elle propose des briques mais ne propose pas de rupture technologique (ou disruption) finalement avec les banques traditionnelles.

A l’opposé, Revolut, la banque britannique toute digitale. Cette dernière, propose un ensemble de produits traditionnels, comme la carte bancaire, les comptes courants etc… La différence est qu’elle propose tout à partir de technologies développées en interne. La banque digitale parie surtout sur les clients globbetrotter avec la possibilité d’ouvrir ses comptes dans les trois grandes devises (euros, dollars, livres sterling) et de disposer en temps réel et taux du marché les échanges de devises. Il a ouvert récemment la possibilité d’ouvrir des comptes de bitcoin. Mais tous ces nouveaux usages ne sont possibles que dès que Revolut peut les développer en interne. Son objectif n’est pas d’offrir des services que la banque britannique ne peut pas faire elle-même.

Au final, les fintechs et les banques traditionnelles sont amenées à travailler ensemble et non pas en concurrence. Et lorsque l’on regarde l’histoire récente des plateformes de crowdlending par exemple, elles sont clairement devenues des alternatives et des compléments aux banques traditionnelles, alors qu’à leur arrivée elles étaient clairement vues comme des concurrentes.